Au micro-BA, la loi n'exige ni bilan, ni compte de résultat, ni liasse fiscale. Une seule obligation comptable existe : tenir un document donnant le détail journalier de vos recettes professionnelles, appuyé des factures et de toute pièce justificative de ces recettes (article 64 bis du CGI). C'est le livre de recettes. Bien tenu, il vous suffit pour un contrôle, pour votre déclaration et pour surveiller votre seuil.
En bref
- Le micro-BA impose un seul document : le détail journalier des recettes encaissées, avec les pièces justificatives.
- Le livre doit être à pages numérotées, tenu sans blanc ni rature, en distinguant les règlements en espèces.
- Vos justificatifs se conservent 6 ans.
- Deux moyennes triennales coexistent : une pour le seuil de 129 200 €, une pour le calcul de l'impôt. Les confondre est l'erreur la plus fréquente du régime.
Ce que la loi exige exactement au micro-BA
L'article 64 bis du CGI, qui fonde le régime, tient en une phrase pour la partie comptable : les exploitants doivent tenir, et présenter sur demande de l'administration, « un document donnant le détail journalier de leurs recettes professionnelles, ainsi que les factures et toute autre pièce justificative de ces recettes ».
Ce que cela signifie en creux est aussi important que ce que cela impose :
- Pas de comptabilité d'engagement. Vous enregistrez ce qui est encaissé, à la date d'encaissement — pas ce qui est facturé.
- Pas de suivi obligatoire des dépenses. L'abattement forfaitaire de 87 % tient lieu de charges : l'administration ne vous demande pas vos tickets de gazole. Gardez-les pour vous — pour connaître vos marges réelles — mais ce n'est pas une obligation fiscale du régime.
- Pas de compte bancaire professionnel imposé par ce texte, même s'il rend le suivi des encaissements infiniment plus simple.
Votre bénéfice imposable, lui, est calculé automatiquement : la moyenne triennale de vos recettes, diminuée de l'abattement de 87 % (avec un minimum d'abattement de 305 €). Vous reportez simplement vos recettes sur la déclaration 2042-C-PRO ; l'administration fait le reste.
Les recettes s'apprécient hors taxes. Si vous n'êtes pas redevable de la TVA — cas de la plupart des exploitants au micro-BA, au remboursement forfaitaire agricole — c'est simplement le montant que vous encaissez : il n'y a pas de TVA à en retrancher. Le livre de recettes bien tenu donne donc directement, en fin d'année, le chiffre de la déclaration.
Le livre de recettes, ligne par ligne
Le texte impose la substance — détail journalier, pages numérotées, aucune ligne laissée en blanc, aucune rature, distinction des règlements en espèces — mais pas de modèle officiel. Une ligne complète comporte :
| Colonne | Contenu | Exemple |
|---|---|---|
| Date | La date d'encaissement, pas celle de la vente | 03/09/2026 |
| Référence | N° de facture ou de la pièce justificative | F-2026-041 |
| Client ou nature | Ce qui identifie la recette | Marché de Lagny / AMAP septembre |
| Mode de règlement | Espèces, chèque, carte, virement — les espèces à part | Espèces |
| Montant | Le montant encaissé | 184,50 € |
Trois habitudes qui font la différence en contrôle :
- Une ligne par encaissement, le jour même. Pour un marché, le total du jour par mode de règlement suffit — c'est le détail journalier qui est exigé, pas le détail par botte de carottes.
- Jamais de correction par effacement. Une erreur se corrige par une ligne rectificative, pas par une rature : le document doit se lire sans trou.
- Chaque ligne renvoie à une pièce. Facture, ticket de caisse récapitulatif, bordereau de remise de chèques : le livre affirme, la pièce prouve.
Quelles recettes entrent dans le calcul du seuil
Le régime s'applique tant que la moyenne de vos recettes sur trois ans reste sous 129 200 € hors taxes. Encore faut-il savoir ce qui compte comme recette.
| Entrent dans le calcul | N'entrent pas |
|---|---|
| Ventes de produits encaissées (marché, paniers, boutique, professionnels) | Subventions et primes d'équipement |
| Aides PAC et subventions d'exploitation | Plus-values de cession de matériel |
| Primes et indemnités liées à l'exploitation | Apports personnels, emprunts |
Les subventions d'exploitation et les aides PAC comptent, à leur date d'encaissement. Une aide versée en retard peut gonfler artificiellement une année et fausser votre moyenne — surveillez le cumul en cours d'année, pas seulement au moment de la déclaration.
Les pièces justificatives à conserver, et combien de temps
Les factures et pièces justifiant vos recettes doivent pouvoir être présentées à l'administration : conservez-les 6 ans à compter de leur date d'établissement (article L102 B du livre des procédures fiscales). Une pièce reçue au format papier peut être conservée au format numérique ; une pièce née au format numérique doit le rester.
Concrètement, le dossier d'une année contient : les factures émises, les récapitulatifs journaliers de marché, les bordereaux de remise de chèques ou d'espèces, les relevés du terminal de paiement, et les notifications de versement des aides.
Le point faible classique en vente directe, ce sont les espèces du marché : pas de relevé bancaire pour les tracer. D'où l'exigence du texte de les distinguer des autres règlements dans le livre — et l'intérêt d'un récapitulatif de caisse par marché, daté et conservé, qui fait office de pièce. Un livre où les espèces apparaissent chaque semaine, avec leur pièce, est exactement ce qu'un vérificateur s'attend à voir sur une ferme en circuit court.
Le délai de reprise de l'administration est de trois ans, mais l'obligation de conservation des pièces est de six : ne calez pas vos archives sur le premier chiffre.
La moyenne triennale : le calcul que tout le monde rate
Le piège du micro-BA est qu'il utilise deux moyennes triennales différentes, et que la plupart des pages qui traitent le sujet les confondent.
La moyenne du seuil regarde en arrière : le régime s'applique en 2026 si la moyenne de vos recettes 2023, 2024 et 2025 ne dépasse pas 129 200 €. L'année en cours n'y entre pas.
La moyenne de l'impôt inclut l'année en cours : votre bénéfice imposable de 2026 est la moyenne de vos recettes 2024, 2025 et 2026, moins l'abattement de 87 %.
Exemple. Vous avez encaissé 58 000 € en 2024, 63 000 € en 2025, 71 000 € en 2026 :
| Élément | Calcul | Résultat |
|---|---|---|
| Moyenne triennale 2024-2026 | (58 000 + 63 000 + 71 000) / 3 | 64 000 € |
| Abattement 87 % | 64 000 × 0,87 | 55 680 € |
| Bénéfice imposable 2026 | 64 000 − 55 680 | 8 320 € |
Vous déclarez donc un bénéfice agricole de 8 320 € — alors que vous avez encaissé 71 000 €. La moyenne lisse les bonnes et les mauvaises années : une très bonne saison n'explose pas votre impôt l'année même, mais elle le tire vers le haut pendant trois ans.
Les premières années d'activité suivent une règle adaptée : l'année de création, le bénéfice est calculé sur les recettes de cette seule année ; la deuxième, sur la moyenne des deux premières. La moyenne complète ne joue qu'à partir de la troisième année.
Ce qui se passe si vous dépassez 129 200 €
Un dépassement ponctuel ne vous fait pas sortir du régime. C'est la moyenne triennale qui commande : tant qu'elle reste sous 129 200 €, une année exceptionnelle à 140 000 € ne change rien à votre régime.
Si la moyenne elle-même dépasse le seuil, vous basculez au régime réel à compter de la première année qui suit la période triennale de référence (article 69 du CGI, précisé au BOFiP). Exemple : moyenne 2023-2025 à 131 000 € → régime réel dès le 1er janvier 2026. La bascule est automatique, sans démarche — mais pas sans conséquences : comptabilité complète, bilan, et en général l'assujettissement à la TVA au régime simplifié agricole.
Le dépassement n'est d'ailleurs pas toujours subi : si vos charges réelles dépassent 87 % de vos recettes — rare, mais possible en phase d'investissement — le réel peut être choisi volontairement, sur option. Le sujet mérite un calcul, pas un réflexe.
Pour le détail du seuil et sa revalorisation, voyez le seuil micro-BA 2026 à 129 200 €. Et si vous vendez en direct, notez que vos obligations de facturation évoluent aussi : la facture électronique s'applique au micro-BA.
Le modèle de livre de recettes
Un livre de recettes conforme n'a besoin que des cinq colonnes décrites plus haut : date d'encaissement, référence de la pièce, client ou nature, mode de règlement, montant. Sur papier, un cahier aux pages numérotées à la main fait l'affaire ; dans un tableur, reprenez la même structure avec une feuille par année et un total par mois — le total annuel donne directement le chiffre à reporter sur la 2042-C-PRO.
Un modèle prêt à l'emploi, avec les colonnes pré-remplies et le calcul automatique de la moyenne triennale, sera proposé au téléchargement sur cette page.
Arrêtez de le tenir à la main
Chaque commande encaissée dans Polen alimente votre suivi des recettes : la ligne s'écrit toute seule, à la bonne date, avec la pièce jointe. Le livre de recettes devient un export, pas une corvée du dimanche soir — et c'est gratuit.


